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L’Estaque entre ombre et lumière
L’Estaque est l’un des 111 quartiers pittoresques qui composent la cité phocéenne. Caché derrière les collines de la Nerthe, ce village marseillais du bord de mer enveloppé par le site de Corbières et l’anse de Saumaty touche par son histoire qui oscille entre ombre et lumière.
D’abord soumis à des années rudes liées à son passé industriel, il est redécouvert grâce à sa légendaire lumière remarquée par les yeux avisés des peintres de la modernité. En témoignent les œuvres qui décorent aujourd’hui les plus grands musées du Monde : l’Art Institute of Chicago, le Kunstmuseum de Berne, le Museo de Arte de Sao Paulo, et bien d’autres... lieu « magique » qui invite les marseillais tout comme les visiteurs curieux à la découverte.
Un passé douloureux…
Dieu décida un jour de donner à Marseille tous les saints du paradis. Les ayant pris dans un grand sac, il survola la ville et les jeta les un après les autres : Sainte Anne, Saint Pierre, Saint Barnabé, Saint Louis, Saint Henri… Quand il eut fini, arrivé à l’extrémité de la ville, son sac était vide, et il jeta donc l’estaco (l’attache) qui permet d’amarrer les bateaux à un pieu.
Le petit village de l’Estaque, jusqu’au début du XIXème siècle, s’attelle autour de son port et de l’activité de pêche. Puis l’essor industriel des tuileries des quartiers adjacents (St André, St Henri, Mourepiane) entraîne la création, dans le village, d’une flottille d’une trentaine de tartanes et l’implantation d’une population ouvrière (italiens, espagnols, corses...). Entre 1885 et 1906 l’Estaque se développe comme centre industriel (chimie, mines, réparation navale) et touristique.
Surnommée par les marseillais « l’Estaque-plage », cette crique accueille périodiquement des joutes nautiques dans l’enceinte du port de pêche. A la sortie de l’Estaque l’unique plage rescapée de la rade nord de Marseille a été depuis peu aménagée. Nombreux sont les gourmands qui y sont attirés par les panisses, tranches de purée de pois-chiches frites et les chichi-frégis, sortes de beignets saupoudrés de sucre, spécialités typiquement marseillaises.
Une renaissance sur la toile
Pendant une soixantaine d’années, le paysage de l’Estaque est un lieu privilégié pour la peinture « sur le motif ». Ce quartier devient le berceau d’un très grand nombre de tableaux et de mouvements picturaux: impressionnisme, fauvisme, cubisme. Des artistes prestigieux vont en faire leur site de prédilection.
La fréquentation de L’Estaque par les peintres se déroule sur deux périodes : la première, qui s’étend de 1860 à 1885-86, dominée par la figure de Cézanne. Le plus singulier des quelques tableaux qu’il y peint alors est, sans conteste, « La neige fondue à L’Estaque ». Puis, Braque et Dufy, à leur tour, viennent s’imprégner de cette lumière si particulière.
Un certain Renoir y peint « Les Oliviers de l’Estaque » aux côtés de Monticelli avec son « Avant port de l’Estaque ».
Le lieu attire également écrivains et cinéastes tels Emile Zola, Saint Pol Roux, ou encore aujourd’hui, Robert Guédiguian, véritable lieu d’inspiration pour les artistes, l'Estaque exerce une véritable fascination dans leur imaginaire artistique…